Entretiens|août 2025
Au cours de sa carrière marquée par des records d'apnée et des instants de silence sous la surface, Arthur Guérin-Boëri a toujours été guidé par quelque chose de plus profond que la performance. Son parcours de champion du monde d'apnée a été façonné par l'intuition, la discipline et un lien profond avec la mer. Aujourd'hui, alors qu'il se tourne vers la sensibilisation aux enjeux environnementaux, son but n'est plus de conquérir l'inconnu, mais de le comprendre.
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En 2022, Arthur Guérin-Boëri s'est rendu au Québec, au Canada, après trois ans d'entraînement. Son objectif? Établir un record du monde d'apnée dynamique sous la glace, sans combinaison. Il a atteint son but en retenant sa respiration pendant 2 minutes et 27 secondes et en nageant horizontalement sur 105 mètres dans une eau à 0,7 °C. Ce fut l'aboutissement d'une brillante carrière d'apnéiste débutée en 2011, à l'âge de 26 ans. Malgré sa vaste expérience dans ce sport, ce défi était sans précédent.
«Avant de plonger, je me suis préparé pendant deux heures, notamment pour calmer ma peur. Mais 30 secondes avant le départ, j'ai choisi d'accepter le risque. D'habitude, je suis plus rationnel, mais cette fois-là, j'ai ressenti quelque chose qui me dépassait. J'étais dans un état de concentration totale, et j'ai pleinement accepté que le risque faisait partie du jeu, que cette expérience pouvait très mal se terminer. Et j'étais en paix avec ça. À ce moment-là, la peur a disparu.»
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En grandissant, Arthur a développé une passion pour la musique, ce qui l'a conduit à devenir producteur de musique à Paris. Âgé d'une vingtaine d'années, il tente de trouver l'équilibre entre son amour pour la musique et ses efforts pour se faire une place dans le monde professionnel. Au cours de cette période stressante, il se tourne vers l'eau, un élément qui l'a toujours fasciné, mais aussi un refuge qu'il recherchait depuis l'enfance. Il n'avait pas prévu l'ascension fulgurante de sa carrière dans l'univers de l'apnée, et il n'avait jamais envisagé d'en faire son métier.
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Le film «Le Grand Bleu» de Luc Besson l'avait marqué durablement, façonnant un lien avec la mer qui allait le rester toute sa vie. Ce qu'il a vu dans le film correspondait à ses premières expériences sous-marines, dont il se souvient parfaitement. «Pour moi, Luc Besson est vraiment un génie dans sa façon de filmer et de retranscrire les sensations que l'on éprouve en apnée. Sous la surface, dans l'eau, je me sentais très bien. Je me coupais du monde extérieur, concentré sur mes émotions et mes sensations, dans cet état d'apesanteur que l'on ressent sous l'eau. Cette sensation m'a accompagné toute mon adolescence. Et puis, l'eau m'a appelé. Il a fallu que j'y retourne.»
L'apnée existe depuis aussi longtemps que l'être humain cherche des choses dans les mers et les océans, qu'il s'agisse d'or, de perles ou de poissons. Retenir sa respiration pour explorer et chercher a toujours été indissociable de la survie. Pour Arthur, c'est peut-être un peu différent, mais pas tant que ça. C'est un moyen de recentrer son attention, d'opérer une introspection, de se dépasser et de repousser ses propres limites. Les limites, justement, sont au cœur de sa vision de l'apnée en tant que pratique.
«Lorsque l'on retient sa respiration, le taux de CO2 augmente parce qu'on n'expire pas, ce qui déclenche l'envie de respirer, tandis que le taux d'oxygène diminue parce qu'on n'inspire pas. L'inconfort lié à l'augmentation du CO2 n'est pas dangereux, mais si le taux d'oxygène chute trop, cela peut entraîner un black-out – ce qui est potentiellement dangereux sous l'eau, d'où l'importance de ne jamais plonger seul. La nature est bien faite: l'inconfort causé par l'augmentation du CO2 donne l'envie de respirer bien avant que le taux d'oxygène ne chute de manière critique. Le plongeur en apnée doit explorer cette frontière entre l'envie de respirer et le véritable besoin physiologique de le faire, le moment du black-out, sans jamais franchir cette limite.»
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Depuis des décennies, Nice est un haut lieu de l'apnée. Arthur Guérin-Boëri s'y est installé il y a quelques années, motivé par sa passion, son métier et sa quête d'une vie plus calme, loin du rythme effréné de Paris. «J'avais vraiment besoin de voir l'horizon. Cela m'apporte beaucoup de sérénité. J'ai grandi à Paris, où on ne voit jamais l'horizon. Que ce soit dans les rues, les avenues ou les boulevards, on est entourés de bâtiments. En plus, à Nice, le ciel et la mer sont très bleus. La couleur a beaucoup d'importance pour moi.»
Tout au long de sa carrière d'apnéiste, ses préoccupations ont beaucoup tourné autour des repères temporels, des records du monde et de ses performances personnelles — fruits d'un entraînement régulier, d'efforts constants et, surtout, d'une volonté de se dépasser. Mais le champion français admet que tout a commencé avec un appel pour rejoindre un club de natation local, ce qui a eu autant d'importance que les étapes qui ont suivi. Ce fut la première fois qu'il choisit d'affronter sa peur de l'inconnu.
Après avoir passé des années à plonger dans les eaux du monde entier, Arthur s'est donné pour mission de devenir un porte-parole de la conservation marine. «Je n'aime pas me poser en expert. Je n'aime pas cette forme d'arrogance. Je préfère apprendre. Je suis vraiment dans une dynamique de découverte, d'apprentissage et de partage avec les autres. Ma vision des choses n'engage que moi. Ce n'est pas une vérité absolue. J'aime être dans une démarche d'apprentissage, car cela me permet de comprendre le monde qui m'entoure.»
Pour cela, le Niçois travaille sur une série documentaire dans laquelle il explorera l'impact de la pollution mondiale et du changement climatique sur nos eaux et les populations qui en dépendent. De toute évidence, ce qui l'anime, c'est une quête constante de l'inconnu. Qu'il s'agisse d'un mystère intérieur ou d'une curiosité pour l'au-delà, tout dépend du point de vue, du contexte et du moment. En plus d'être champion du monde d'apnée et producteur de musique, il est aussi entrepreneur, animateur de télévision, conférencier motivateur et réalisateur de documentaires. Mais, dès qu'il en a l'occasion, il préfère se considérer comme un rêveur, un apprenant et, surtout, comme l'auteur de sa propre vie.